Goldorak n’est pas un simple robot de guerre. Il est l’extension d’un idéal, celui d’un homme blessé — Actarus — qui refuse de céder à la haine. Le prince d’Euphor, ayant fui une planète détruite par l’avidité impériale de Vega, vit caché sur Terre. Il pourrait choisir la neutralité, le silence ou même la vengeance. Mais il préfère la voie de la justice, quitte à souffrir davantage.
Cet engagement n’a rien d’anodin. Dans un monde marqué par les injustices et la brutalité, le choix de défendre les innocents relève presque de l’utopie. Pourtant, épisode après épisode, Goldorak se dresse face aux envahisseurs, repousse les attaques, protège les enfants, les animaux, les rêveurs. Il ne gagne pas toujours sans peine. Il doute, il saigne, il perd parfois. Mais il continue.
C’est en cela que Goldorak touche au mythe : celui du héros tragique, prêt à tout sacrifier pour un bien supérieur. Comme Antigone ou les figures chevaleresques, il incarne la fidélité à des principes inaltérables, même lorsque tout semble perdu.
Mais avant tout, qui se cache derrière la naissance de Goldorak ?
Goldorak — ou Grendizer, tel qu’il est connu dans les pays anglophones — est né de l’imagination foisonnante du mangaka Gō Nagai (永井 豪), figure majeure de la culture japonaise contemporaine. Né en 1945, Gō Nagai a profondément marqué le monde du manga et de l’animation en introduisant des thèmes audacieux, parfois subversifs, mêlant science-fiction, psychologie et critique sociale.
Il est notamment reconnu pour avoir inventé le concept du super robot piloté de l’intérieur, avec Mazinger Z, puis Great Mazinger, avant de donner naissance à UFO Robot Grendizer en 1975. Devenu Goldorak dans les pays francophones, il a trouvé un écho puissant auprès des jeunes générations grâce à son mélange unique de combats intergalactiques, de mélancolie existentielle et de sens aigu de la justice.
Avec Actarus, Gō Nagai ne propose pas un simple guerrier, mais une figure tragique, exilée, profondément humaine, qui continue à incarner — des décennies plus tard — l’archétype du héros au service des plus vulnérables.
La BD : réactiver un mythe pour notre époque troublée
La bande dessinée publiée en 2021, sous la plume de Xavier Dorison et la collaboration graphique de Bajram, Cossu, Sentenac et Guillo, prolonge cette réflexion. On y retrouve un Actarus vieilli, retiré du monde, hanté par ses combats passés. Mais une nouvelle menace le force à reprendre les commandes de Goldorak.
Là où la série originelle exaltait l’action et la clarté morale, la BD introduit davantage de zones grises : la culpabilité, le pardon, le poids des responsabilités. Les ennemis d’hier sont-ils condamnés à rester les ennemis d’aujourd’hui ? La paix peut-elle surgir de la violence ? Et surtout : qu’est-ce que le courage, quand le monde ne croit plus aux héros ?
À travers ce prisme, la BD devient un acte de foi, non pas naïf, mais lucide. Elle nous rappelle que dans un monde désabusé, il est encore possible — et peut-être vital — de croire aux valeurs de loyauté, de protection, et de résistance face au cynisme.
Goldorak : un message pour notre époque
Revoir les épisodes de Goldorak aujourd’hui, c’est redécouvrir un langage moral presque oublié. Celui qui dit que le Bien n’est pas une posture confortable, mais un choix douloureux, fait de renoncements et de vigilance. Celui qui affirme que les plus puissants doivent servir et non dominer.
À l’heure où les récits dominants prônent souvent la survie des plus forts, la revanche, l’individualisme, Goldorak apparaît comme un contre-discours essentiel. Il ne s’agit pas de revenir à l’idéalisme naïf, mais de se rappeler que la noblesse d’un combat ne dépend pas de sa victoire immédiate, mais de l’intention qui le guide.
Goldorak, encore et toujours nécessaire ?
Goldorak n’est pas simplement un héros de notre enfance. Il est un symbole de résilience et d’humanité. Dans un monde fragmenté, dominé par les intérêts égoïstes, il nous invite à repenser le rôle du héros non pas comme une figure conquérante, mais comme un gardien silencieux des valeurs essentielles. Son retour, que ce soit en BD ou dans les cœurs des nostalgiques, n’est pas un simple effet de mode. C’est peut-être le signe que, malgré tout, nous avons encore soif de justice, d’altruisme et de lumière.




