Tragiquement Branché

Groupe emblématique canadien, The Tragically Hip a su marquer l’histoire musicale du pays malgré une reconnaissance internationale limitée voire inexistante. Leur musique profondément enracinée dans l’identité nationale, alliée à une intégrité artistique rare, a tissé un lien unique avec leur public, faisant d’eux des icônes au Canada.

Photo promotionnelle de The Tragically Hip, extraite de l’article “The inside story of The Tragically Hip’s Saskadelphia, the band’s first new album since the death of Gord Downie”, par Brad Wheeler — The Globe and Mail .

Il existe des groupes dont l’éclat ne dépasse jamais vraiment les frontières de leur pays, mais qui brillent d’un feu intense, presque sacré. The Tragically Hip, souvent simplement appelés The Hip, en est le parfait exemple. Incontournable au Canada, mais largement méconnu ailleurs, le groupe incarne une forme rare de succès profondément enraciné dans le patrimoine Canadien. Tragiquement branché, justement.

Fondé en 1984 à Kingston, en Ontario, le groupe — composé de Rob Baker (guitare), Gord Downie (chant, guitare), Johnny Fay (batterie), Paul Langlois (guitare) et Gord Sinclair (basse) — a su construire, au fil des décennies, une discographie riche, poétique et intensément canadienne. Leur musique — un mélange de rock alternatif, de blues et de folk — est portée par la voix unique et les textes énigmatiques de leur chanteur charismatique, Gord Downie. À travers des références à l’histoire et à la culture du pays, leurs chansons racontent bien plus qu’un territoire : elles traduisent un sentiment d’appartenance.

Récompensé par 17 prix Juno, dont le Prix humanitaire en 2021, The Tragically Hip est aussi reconnu pour son engagement social. Le groupe a récolté des millions de dollars pour des causes telles que Camp Trillium, la Société canadienne du cancer, la Fondation Sunnybrook ou encore War Child. En 2022, il a été à nouveau honoré en étant intronisé au Canada’s Walk of Fame pour ses efforts humanitaires, ajoutant une nouvelle distinction à son étoile obtenue en 2002 pour sa contribution artistique.

Maintenant, le mystère reste entier : pourquoi un tel groupe, célébré par des millions de fans au Canada, n’a-t-il jamais percé à l’international ? Plusieurs hypothèses circulent. Leur son, bien que raffiné, n’a jamais été calibré pour séduire les radios commerciales américaines, et leur style très « Canadiana » était parfois trop spécifique pour les non-initiés. Leurs textes, souvent métaphoriques et ancrés dans des réalités locales, ont peut-être échappé à un public étranger. Mais plus profondément encore, il semble que The Hip n’aient jamais cherché à plaire à tout prix. Leur succès repose sur une authenticité farouche, une fidélité à leur univers, sans compromis.

Contrairement à bien des groupes de leur époque, The Tragically Hip cultivaient une forme de discrétion rare. Ils faisaient peu d’apparitions médiatiques, et leur leader, Gord Downie, évitait les confessions publiques ou les interviews à répétition. Ce silence volontaire, n’était pas une stratégie marketing, mais une preuve d’intégrité : la musique parlait d’elle-même. Ce retrait volontaire a sans doute renforcé le lien quasi intime entre le groupe et son public local.

Le 20 août 2016, le groupe a donné un concert ultime à Kingston, retransmis en direct sur CBC, le réseau anglophone de Radio-Canada. Ce fut un rare moment d’unité à l’échelle du pays. Les Canadiens se sont rassemblés dans les parcs, les bars et les salons pour assister à cette ultime performance. Même le premier ministre de l’époque, Justin Trudeau, était présent, vêtu d’un t-shirt à l’effigie du groupe. Gord Downie, atteint d’un cancer du cerveau incurable, a livré ce soir-là une prestation bouleversante, devenue depuis légendaire. Pour les fans inconditionnels, c’était une manière de lui témoigner leur attachement, et de lui dire un dernier adieu.

Au-delà de la musique, The Tragically Hip est devenu un symbole. Gord Downie, dans les derniers mois de sa vie, s’est consacré à la cause des peuples autochtones, notamment avec le projet Secret Path, qui retrace l’histoire de Chanie Wenjack, un enfant mort après s’être échappé d’un pensionnat autochtone, alors qu’il tentait de regagner sa famille à pied. Ce geste renforce l’aura quasi mythique du chanteur et du groupe.

Aujourd’hui encore, même après la mort de Downie en 2017, The Hip occupe une place spéciale dans le cœur des Canadiens. Leur musique continue d’être diffusée, chantée, transmise. Elle résonne comme une mémoire vivante, une archive affective du pays.

Alors non, ils ne sont peut-être pas mondialement connus. Mais au Canada, ils sont bien plus que cela : une légende, une partie intégrante du patrimoine culturel local. Tragiquement branchés, pour toujours.

🎶 Tragically Hips – La Playlist Idéale

Voici notre sélection idéale — entre classiques incontournables et coups de cœur personnels — pour (re)découvrir The Tragically Hip. Des titres cultes aux ballades marquantes, cette playlist propose un voyage à travers l’univers singulier du groupe.

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À l’arrière des Berlines

Avec « Osez Joséphine », Bashung opère un virage vers un univers plus mélodique et introspectif, tout en conservant son identité singulière. Un tournant décisif qui annonce une nouvelle ère plus intense et originale.

En 1991, Alain Bashung surprend son public en livrant un album inattendu, Osez Joséphine, qui marque un tournant radical dans sa carrière. Loin des expérimentations sonores de ses précédents albums, cet opus s’inscrit dans une veine plus classique, tout en conservant l’originalité qui le caractérise. Enregistré en partie à Memphis, dans le mythique studio Sun, haut lieu du rock’n’roll où ont enregistré des légendes comme Elvis Presley, Roy Orbison, Jerry Lee Lewis et Carl Perkins, Osez Joséphine est une véritable déclaration d’amour à la musique américaine. Bashung puise dans les racines du blues, de la country et du rock’n’roll, tout en y apportant sa touche personnelle, à la fois mélancolique et poétique.

Ce choix de Memphis n’est pas anodin. La ville, berceau du rock’n’roll, offre à Bashung un écrin propice à une introspection musicale. En s’imprégnant de l’atmosphère de ce lieu mythique, il renouvelle sa démarche artistique, tout en restant fidèle à son identité.

Produit par Éric Clermontet et Marc Antoine, Osez Joséphine se distingue par ses mélodies accrocheuses, des arrangements soignés et une ambiance intime. La voix rocailleuse et grave de Bashung se marie parfaitement avec la richesse des instrumentations et des orchestrations subtiles. Chaque morceau trouve sa place dans une alchimie parfaite entre tendresse et mélancolie.

Si dans les années 80, Bashung se distinguait par ses jeux de mots déconcertants et son côté provocateur, il se révèle ici sous un jour plus apaisé, séducteur et réfléchi. Les textes de Jean Fauque, plus introspectifs et moins provocants, mettent en lumière un Bashung plus mature, tourné vers l’exploration de soi et des émotions plus profondes. Madame rêve, véritable cœur de l’album, incarne cette quête de l’intime avec son atmosphère sensuelle et mélancolique. L’instrumentation subtile, où les cordes remplacent les guitares et la batterie, renforce cette émotion profonde, contribuant à la dimension onirique de la chanson. Le clip de ce morceau, réalisé par Jean-Baptiste Mondino et accompagné de Fanny Ardant, a amplifié l’aura mystérieuse du morceau et participé à son succès, offrant une expérience cinématographique unique.

À travers des titres comme Volutes, Happe, Les Grands Voyageurs et Kalabougie, l’album Osez Joséphine explore des thèmes universels tels que la vie, l’amour, la perte et la recherche de sens. Ces chansons, aux ambiances et aux rythmes variés, nous plongent dans un univers où les émotions sont exacerbées.

Par exemple, les paroles de Madame rêve évoquent un amour à la fois exaltant et destructeur, une expérience intense qui laisse des traces indélébiles dans l’âme. L’image d’un « amour qui la flingue » et d’une « fusée qui l’épingle au ciel » traduit cette passion dévorante et cette quête d’un idéal inaccessible.

À l’inverse, le titre éponyme, Osez Joséphine, est une invitation à l’audace et à la transgression. Les paroles « Marcher sur l’eau« , « Éviter les péages » et « Faire hennir les chevaux du plaisir » peignent le portrait d’un personnage en quête de sensations fortes, prêt à tout pour échapper à la routine.

Enfin, Volutes nous révèle un état d’âme plus introspectif, où se mêlent la souffrance, la quête de sens et la création. Les vers « Pour une grimace et un rictus / De plus / J’fais des heures sup’ » traduisent une intense activité mentale, une sorte de tourbillon d’émotions.

En somme, Osez Joséphine est un album qui explore les facettes les plus complexes de l’âme humaine, oscillant entre l’exaltation de la vie et la mélancolie de l’existence.

Ce disque ne se limite pas à être un simple tournant musical ; il représente également une escale nécessaire avant les albums suivants tout aussi originaux, Chatterton, Fantaisie Militaire et L’Imprudence. Ces œuvres, qui inscriront finalement Bashung dans le panthéon des incontournables de la chanson française, sont préfigurées par le son unique de Madame rêve. À l’époque, Osez Joséphine était considéré comme l’album de la consécration, mais il s’avère en réalité être le prélude d’une nouvelle ère dans la carrière de l’artiste : une période plus classique et zen, mais paradoxalement, plus intense et avant-gardiste.

Sur une note personnelle, cet album nous a accompagnés durant un road trip sur la mythique Route 66 entre Phoenix et Las Vegas. Il a été la bande-son parfaite pour nos pérégrinations à travers les paysages désertiques sublimes de l’Ouest américain.

Note : [sur ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️]

⭐️⭐️⭐️½

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