En 1991, Alain Bashung surprend son public en livrant un album inattendu, Osez Joséphine, qui marque un tournant radical dans sa carrière. Loin des expérimentations sonores de ses précédents albums, cet opus s’inscrit dans une veine plus classique, tout en conservant l’originalité qui le caractérise. Enregistré en partie à Memphis, dans le mythique studio Sun, haut lieu du rock’n’roll où ont enregistré des légendes comme Elvis Presley, Roy Orbison, Jerry Lee Lewis et Carl Perkins, Osez Joséphine est une véritable déclaration d’amour à la musique américaine. Bashung puise dans les racines du blues, de la country et du rock’n’roll, tout en y apportant sa touche personnelle, à la fois mélancolique et poétique.
Ce choix de Memphis n’est pas anodin. La ville, berceau du rock’n’roll, offre à Bashung un écrin propice à une introspection musicale. En s’imprégnant de l’atmosphère de ce lieu mythique, il renouvelle sa démarche artistique, tout en restant fidèle à son identité.
Produit par Éric Clermontet et Marc Antoine, Osez Joséphine se distingue par ses mélodies accrocheuses, des arrangements soignés et une ambiance intime. La voix rocailleuse et grave de Bashung se marie parfaitement avec la richesse des instrumentations et des orchestrations subtiles. Chaque morceau trouve sa place dans une alchimie parfaite entre tendresse et mélancolie.
Si dans les années 80, Bashung se distinguait par ses jeux de mots déconcertants et son côté provocateur, il se révèle ici sous un jour plus apaisé, séducteur et réfléchi. Les textes de Jean Fauque, plus introspectifs et moins provocants, mettent en lumière un Bashung plus mature, tourné vers l’exploration de soi et des émotions plus profondes. Madame rêve, véritable cœur de l’album, incarne cette quête de l’intime avec son atmosphère sensuelle et mélancolique. L’instrumentation subtile, où les cordes remplacent les guitares et la batterie, renforce cette émotion profonde, contribuant à la dimension onirique de la chanson. Le clip de ce morceau, réalisé par Jean-Baptiste Mondino et accompagné de Fanny Ardant, a amplifié l’aura mystérieuse du morceau et participé à son succès, offrant une expérience cinématographique unique.
À travers des titres comme Volutes, Happe, Les Grands Voyageurs et Kalabougie, l’album Osez Joséphine explore des thèmes universels tels que la vie, l’amour, la perte et la recherche de sens. Ces chansons, aux ambiances et aux rythmes variés, nous plongent dans un univers où les émotions sont exacerbées.
Par exemple, les paroles de Madame rêve évoquent un amour à la fois exaltant et destructeur, une expérience intense qui laisse des traces indélébiles dans l’âme. L’image d’un « amour qui la flingue » et d’une « fusée qui l’épingle au ciel » traduit cette passion dévorante et cette quête d’un idéal inaccessible.
À l’inverse, le titre éponyme, Osez Joséphine, est une invitation à l’audace et à la transgression. Les paroles « Marcher sur l’eau« , « Éviter les péages » et « Faire hennir les chevaux du plaisir » peignent le portrait d’un personnage en quête de sensations fortes, prêt à tout pour échapper à la routine.
Enfin, Volutes nous révèle un état d’âme plus introspectif, où se mêlent la souffrance, la quête de sens et la création. Les vers « Pour une grimace et un rictus / De plus / J’fais des heures sup’ » traduisent une intense activité mentale, une sorte de tourbillon d’émotions.
En somme, Osez Joséphine est un album qui explore les facettes les plus complexes de l’âme humaine, oscillant entre l’exaltation de la vie et la mélancolie de l’existence.
Ce disque ne se limite pas à être un simple tournant musical ; il représente également une escale nécessaire avant les albums suivants tout aussi originaux, Chatterton, Fantaisie Militaire et L’Imprudence. Ces œuvres, qui inscriront finalement Bashung dans le panthéon des incontournables de la chanson française, sont préfigurées par le son unique de Madame rêve. À l’époque, Osez Joséphine était considéré comme l’album de la consécration, mais il s’avère en réalité être le prélude d’une nouvelle ère dans la carrière de l’artiste : une période plus classique et zen, mais paradoxalement, plus intense et avant-gardiste.
Sur une note personnelle, cet album nous a accompagnés durant un road trip sur la mythique Route 66 entre Phoenix et Las Vegas. Il a été la bande-son parfaite pour nos pérégrinations à travers les paysages désertiques sublimes de l’Ouest américain.
Note : [sur ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️]
⭐️⭐️⭐️½
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