Pour un Nouvel Ordre Mondial

Le retour de Trump met en lumière l’inefficacité croissante du multilatéralisme, incarnée par un Conseil de sécurité dépassé et incapable d’imposer des règles contraignantes aux grandes puissances. Si la nécessité de réformes fait aujourd’hui consensus, leur mise en œuvre demeure largement hypothétique, laissant entrevoir un ordre international fragilisé, voire en déclin.

Le retour de Donald Trump au centre du jeu politique international a remis en lumière une réalité déjà bien installée : le multilatéralisme est fragilisé, contesté et parfois ouvertement ignoré. Sous Trump, cette défiance ne s’est pas limitée aux contre-pouvoirs internes américains, comme le Congrès ou la presse, mais s’est étendue aux institutions internationales censées encadrer l’usage de la force et préserver un minimum d’ordre mondial. Parmi elles, le Conseil de sécurité des Nations unies occupe une place centrale, autant par son rôle théorique que par ses dysfonctionnements réels.

L’un des problèmes fondamentaux réside dans la capacité — ou plutôt l’incapacité — du Conseil de sécurité à contraindre les grandes puissances. Lorsque les États-Unis agissent unilatéralement, en dehors de tout mandat explicite, le Conseil apparaît souvent comme un spectateur impuissant. L’invasion de l’Irak en 2003 en demeure l’exemple le plus emblématique : une guerre menée sans autorisation du Conseil de sécurité, justifiée par l’existence supposée d’armes de destruction massive qui ne seront jamais retrouvées. Plus récemment, début janvier 2026, une opération militaire américaine a abouti à la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse à Caracas. Ils ont ensuite été transférés vers les États-Unis, où ils ont été placés en détention fédérale et inculpés pour trafic de drogues. Cette action, menée sans mandat du Conseil de sécurité et dénoncée par plusieurs gouvernements et experts comme une violation de la souveraineté et du droit international, illustre une fois de plus la façon dont une grande puissance peut agir en marge du système multilatéral qu’elle prétend incarner. Cette dynamique n’est pas nouvelle, mais elle s’est accentuée au fil des décennies, nourrissant un sentiment croissant de discrédit et d’obsolescence. Une institution censée garantir la sécurité collective perd inévitablement de sa crédibilité lorsqu’elle est contournée par ceux-là mêmes qui sont censés en être les garants.

Cette crise d’autorité soulève une question plus profonde : le Conseil de sécurité est-il encore adapté aux réalités géopolitiques du XXIᵉ siècle ? Sa composition actuelle repose sur un équilibre de forces figé en 1945, à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. À cette époque, les cinq membres permanents incarnaient sans contestation possible la victoire militaire, la puissance industrielle et l’influence politique globale. Or, près de huit décennies plus tard, le monde n’est plus structuré selon ces lignes.

Le maintien du Royaume-Uni et de la France, par exemple, comme membres permanents pose aujourd’hui un problème de cohérence stratégique. Sans nier leur rôle historique, leur influence réelle sur les grandes dynamiques mondiales s’est considérablement réduite. Démographiquement, économiquement et militairement, ces deux pays ne pèsent plus de la même manière face à des acteurs émergents ou consolidés comme l’Inde, la Chine ou même des blocs régionaux entiers. Leur statut permanent semble davantage relever d’un héritage symbolique que d’une reconnaissance objective de puissance.

Ce décalage alimente un sentiment d’injustice structurelle au sein de la communauté internationale. De nombreux États estiment que le Conseil de sécurité ne reflète ni la diversité du monde actuel ni les rapports de force contemporains. L’Afrique, l’Amérique latine ou l’Asie du Sud, pourtant centrales dans les enjeux démographiques, économiques et sécuritaires, demeurent sous-représentées dans les cercles décisionnels les plus critiques. Cette asymétrie fragilise l’acceptabilité des décisions prises, lorsqu’elles sont prises.

À cela s’ajoute la question du droit de veto, souvent perçu comme l’outil ultime de paralysie institutionnelle. Utilisé pour protéger des intérêts nationaux immédiats, il empêche régulièrement toute action collective face à des crises majeures. La récente guerre à Gaza en offre une illustration frappante : malgré l’ampleur des destructions et la gravité de la situation humanitaire, la communauté internationale s’est révélée largement impuissante, en raison de vetos répétés bloquant toute résolution contraignante à l’encontre d’Israël. Le veto transforme ainsi le Conseil de sécurité en une arène de rivalités politiques plutôt qu’en un véritable espace de régulation. Tant que ce mécanisme demeurera intact, toute réforme de fond restera limitée dans ses effets.

La remise en cause du Conseil de sécurité ne signifie pas un rejet de l’ONU ou du multilatéralisme en tant que tel. Au contraire, elle traduit la volonté de sauver ces institutions en les adaptant. Une gouvernance mondiale crédible suppose des règles partagées, mais aussi des institutions perçues comme légitimes. Or, la légitimité ne peut exister sans représentation équitable ni capacité d’action effective.

En 2026, persister à défendre un statu quo hérité d’un autre siècle relève moins du réalisme que du déni. Le monde est désormais multipolaire, fragmenté, traversé par des conflits hybrides et des enjeux globaux — climatiques, technologiques, sanitaires — que le Conseil de sécurité actuel peine à appréhender. Continuer à fonctionner avec les mêmes structures revient à accepter leur inefficacité chronique.

La question n’est donc plus de savoir s’il faut réformer le Conseil de sécurité, mais comment et avec quel courage politique. Cette réforme sera longue, conflictuelle et semée de blocages, mais elle est devenue indispensable. Sans elle, le multilatéralisme risque de se transformer en façade diplomatique, vidée de sa substance, tandis que les grandes puissances continueront d’agir unilatéralement, au mépris des règles qu’elles ont elles-mêmes contribué à écrire.

📚 Pour aller plus loin

Les ouvrages et ressources ci-dessous offrent des pistes de réflexion complémentaires sur le fonctionnement du Conseil de sécurité, la gestion des crises internationales, ainsi que les tensions persistantes entre unilatéralisme et multilatéralisme. Sans prétendre à l’exhaustivité, cette sélection permet d’approfondir les enjeux abordés dans cet article et d’explorer, à travers différents regards académiques et analytiques, les limites et les défis de la gouvernance mondiale contemporaine. Libre ensuite à chaque lecteur d’y trouver les voies de compréhension qui lui sembleront les plus pertinentes.

Mohamed Juda, une histoire interrompue

Photographié à Ellis Island en 1910, un immigrant algérien incarne le rêve américain interrompu. Dans son regard se reflètent l’attente, le déracinement et la mémoire des migrants trop souvent invisibles.

Lorsque l’on traverse les galeries d’Ellis Island, cet ancien sas entre deux mondes, certains visages s’imposent silencieusement. Parmi eux, celui d’un homme photographié en 1910, exposé aujourd’hui sous la simple inscription « Algerian Immigrant ». Son nom n’apparaît pas sur le cliché présenté au public, mais son expression grave et digne suffit à capturer l’attention. Ce portrait, issu de la collection d’Augustus F. Sherman, ne raconte pas une arrivée triomphale. Il incarne au contraire une tentative avortée. L’homme, originaire de l’Algérie alors sous domination française, avait embarqué au départ du port du Havre en France avec l’espoir d’une vie meilleure. À son arrivée aux États-Unis, il fut refoulé peu de temps après avoir franchi les portes d’Ellis Island. Il ne fait donc pas partie de ces millions d’immigrants qui ont été autorisés à fouler le sol américain. Sa photographie demeure néanmoins l’une de celles qui interrogent, interpellent et rappellent le prix parfois cruel de l’exil.

En 1910, l’Algérie est un territoire colonisé depuis près d’un siècle, soumis aux décisions françaises, loin de l’indépendance qui ne surviendra qu’en 1962. Dans ce contexte, tenter l’aventure américaine relevait d’un acte rare et audacieux. Les migrants nord-africains étaient peu nombreux à entreprendre ce voyage vers les États-Unis, et ceux qui s’y risquaient affrontaient souvent la misère, l’instabilité ou l’absence de perspectives dans leur pays d’origine. L’homme que l’on observe sur cette photographie n’est pas nommé, mais simplement catégorisé. Ce « Algerian Immigrant », exclu avant même d’avoir pu entamer sa nouvelle vie, représente à travers cet échec consigné administrativement une forme d’invisibilité historique.

Sherman, employé de l’immigration ayant photographié de nombreux arrivants à Ellis Island, utilisait souvent une approche quasi ethnographique, immortalisant les individus dans leurs tenues traditionnelles. Son objectif n’était pas toujours de rendre hommage, mais plutôt de documenter la diversité des nouveaux venus. Pourtant, dans le cas de cet Algérien, la composition semble aller au-delà de la simple documentation. Sa posture droite, son regard profond, la sobriété de sa tenue traduisent une dignité face à l’incertitude. Il ne pose pas comme quelqu’un célébrant son arrivée, mais comme quelqu’un en attente d’un verdict. Et il le sera : refusé, renvoyé, oublié par l’histoire officielle, mais paradoxalement préservé par un instant photographique. Des recherches ultérieures l’identifient sous le nom de Mohamed Juda, bien que cette information ne figure pas sur le cartel de l’exposition.

Ce cliché interroge notre rapport à l’immigration et à la mémoire. Ellis Island est souvent associée à la réussite, au rêve américain, à la construction d’un destin. Mais elle fut aussi le théâtre de décisions irréversibles, parfois prononcées en quelques minutes. Pour cet homme venu d’Algérie, ce passage n’a pas été le début d’une nouvelle existence, mais probablement un retour forcé vers un territoire colonial où il n’avait pas trouvé sa place. On ignore ce qu’il est devenu, s’il a tenté ailleurs, s’il a reconstruit sa vie, ou si son histoire s’est dissipée dans l’anonymat.

Ce qui demeure aujourd’hui, c’est ce regard. Un regard qui, plus d’un siècle plus tard, continue d’interpeller ceux qui croisent cette photographie à Ellis Island, comme on a pu le faire en septembre 2009. Il nous rappelle que l’exploration n’est pas uniquement géographique. Elle est aussi historique, introspective. Elle passe par la reconnaissance de ceux que l’histoire n’a pas retenus. Cet homme, immigré algérien en 1910, porte en lui le récit d’une migration contrariée, d’une quête universelle de dignité. Son parcours n’a jamais rejoint le rêve américain, mais son image en constitue l’autre face : celle des espoirs interrompus.

Raconter son histoire aujourd’hui, c’est inviter à regarder Ellis Island non seulement comme un symbole de réussite, mais aussi comme un lieu de discernement et de fracture humaine. Cet article ne prétend pas rétablir ce que nous ne pourrons probablement jamais savoir, mais de lui rendre une place, ne serait-ce que le temps d’une lecture. Lorsque l’on voyage, notamment à New York, il est essentiel de se souvenir que derrière le mythe de la conquête et de l’American Dream se cachent aussi des récits de renoncement. Mohamed Juda, photographié par Sherman, fut l’un de ceux auxquels l’Amérique a dit non. Il est pourtant devenu, à travers cette image, un symbole puissant et silencieux du courage d’essayer.

📚 À découvrir pour mieux comprendre Ellis Island

Bien que l’histoire de Mohamed Juda ne soit documentée dans aucun ouvrage connu, son visage trouve écho dans celle de milliers d’autres migrants passés par Ellis Island. Pour approfondir la réalité de ce lieu de transit — espace d’espoir, de décision et parfois de rupture — plusieurs ouvrages et études, en français comme en anglais, consacrés à l’île permettent de saisir avec davantage de profondeur le contexte dans lequel son destin s’est joué. À travers ces lectures, c’est moins son parcours individuel qui se révèle que le cadre historique, administratif et humain dans lequel il s’inscrit. Explorer Ellis Island, c’est donc prolonger la réflexion initiée par ce portrait, et comprendre comment ce seuil entre deux mondes a marqué la vie de ceux qui, comme lui, ont tenté l’aventure sans jamais pouvoir la commencer.

Une Réflexion sur la Géopolitique Moderne

La disparition de l’URSS et de la Yougoslavie a profondément bouleversé l’équilibre mondial. Cet article propose une réflexion lucide sur le vide laissé par ces deux puissances, jadis symboles d’une alternative au modèle occidental. En revenant sur leurs avancées sociales, leur rôle géopolitique et l’émergence du Mouvement des Non-Alignés, il interroge les dérives du monde unipolaire actuel et plaide pour un nouvel ordre fondé sur la pluralité, l’équilibre et le dialogue.

Trente ans après la chute du Mur de Berlin et l’éclatement de la Yougoslavie, force est de constater que le vide laissé par ces puissances ne s’est jamais vraiment comblé. Cet article propose une réflexion sur ce que leur disparition a changé — et ce que cela révèle du monde d’aujourd’hui. 

Il nous arrive parfois de repenser à l’Union soviétique et à la Yougoslavie. Non pas avec une nostalgie aveugle, mais avec une certaine lucidité sur le rôle que ces deux entités jouaient dans l’équilibre mondial. Leur disparition a transformé la carte du monde, redéfini les rapports de force, et installé une nouvelle ère où l’unilatéralisme est devenu la norme.

L’URSS, en tant que superpuissance, représentait un contrepoids idéologique, militaire et diplomatique aux États-Unis. À son apogée, elle s’étendait sur près de 22,4 millions de kilomètres carrés, soit environ un sixième des terres émergées de la planète. Une telle envergure territoriale conférait à ce bloc un poids stratégique considérable, dont les répliques continuent de façonner la géopolitique contemporaine. Sa chute a mis fin à la guerre froide, certes, mais elle a aussi ouvert la voie à un monde dominé par une seule puissance, avec tous les déséquilibres que cela implique. Dans ce monde unipolaire, les décisions majeures en matière de politique internationale sont souvent prises sans réelle concertation globale. L’OTAN s’est élargie, les interventions militaires se sont multipliées, et le droit international a parfois été relégué au second plan.

Quant à la Yougoslavie, elle était un exemple rare de fédéralisme multinational, une tentative — certes imparfaite — de faire coexister différentes identités ethniques, linguistiques et religieuses sous une même bannière. Sa désintégration a été brutale, marquée par des guerres sanglantes, des purifications ethniques, et un traumatisme durable dans les Balkans. Aujourd’hui encore, les tensions entre les pays issus de l’ex-Yougoslavie rappellent que l’éclatement d’un État n’efface pas les blessures, bien au contraire.

Ce conflit a également mis en lumière l’attitude ambiguë — voire mesquine — de l’Occident, et plus particulièrement de l’Europe. Alors que les Balkans s’embrasaient, les grandes puissances européennes ont adopté un statu quo frileux, incapables de parler d’une seule voix ni d’intervenir de manière cohérente. Ce fut le premier conflit armé majeur sur le sol européen depuis la Seconde Guerre mondiale, et pourtant, l’Europe a laissé le champ libre aux États-Unis pour imposer leur médiation, notamment à travers les Accords de Dayton.

À bien des égards, une forme de jouissance mal dissimulée semblait entourer la chute de la Yougoslavie. Son modèle alternatif, ni pleinement occidental ni strictement soviétique, gênait. Son éclatement a été perçu par certains comme la preuve de l’échec des voies non alignées, et cette lecture a alimenté une indifférence cynique dans les cercles décisionnels occidentaux.

Pourtant, la Yougoslavie possédait un élan progressiste qui n’avait rien à envier à l’Occident : un système d’enseignement supérieur et de formation technique de qualité, gratuit et accessible ; une politique active d’émancipation des femmes, avec le droit de vote acquis dès 1945, une participation significative à la vie publique, et des lois progressistes encadrant l’avortement ; une ouverture culturelle et diplomatique marquée, notamment à travers son rôle dans le Mouvement des Non-Alignés ; et enfin, un modèle économique autogestionnaire unique en son genre, fondé sur la participation ouvrière et une répartition plus équitable des ressources.

De la même manière, malgré ses dérives autoritaires et ses lourdeurs bureaucratiques, l’Union soviétique a accompli certaines avancées notables, là où les États-Unis et d’autres pays occidentaux ont échoué : elle fut pionnière en matière de conquête spatiale, avec le lancement du premier satellite (Spoutnik), le premier homme (Youri Gagarine) et la première femme (Valentina Terechkova) dans l’espace ; elle a presque totalement éradiqué l’analphabétisme dès les années 1950, en garantissant un accès gratuit et universel à une éducation de qualité, notamment dans les disciplines scientifiques et techniques ; son système de santé, gratuit et généralisé, assurait des soins accessibles à toute la population, bien avant que des modèles comparables émergent en Occident ; les femmes occupaient une place importante dans les secteurs professionnels, scientifiques, techniques et militaires, à une époque où l’égalité réelle restait un idéal lointain en Europe et aux États-Unis ; enfin, l’URSS a réussi une industrialisation rapide et massive, transformant en quelques décennies une société majoritairement rurale en puissance industrielle et technologique majeure.

Cette modernité, propre à une voie socialiste indépendante, suscitait à la fois respect et méfiance. Elle représentait un contre-exemple embarrassant face à un capitalisme triomphant qui refusait toute alternative.

Au-delà de la dynamique bipolaire entre l’Est et l’Ouest, il existait également un troisième acteur géopolitique d’importance : le Mouvement des Non-Alignés. Né lors de la conférence de Bandung en 1955 et formalisé en 1961 à Belgrade — justement en Yougoslavie — ce mouvement regroupait des pays qui refusaient de s’aligner ni sur le bloc soviétique, ni sur le bloc occidental. Il incarnait une volonté d’émancipation politique, de souveraineté économique, et de solidarité entre nations du Sud.

Ce mouvement a été porté dès ses débuts par un trio de figures historiques — Nehru (Inde), Tito (Yougoslavie) et Nasser (Égypte) — qui ont ensemble formé l’ossature idéologique et diplomatique du non-alignement, prônant une voie médiane fondée sur la souveraineté nationale, la coopération Sud-Sud et le refus des tutelles impériales. Nehru incarnait une Inde indépendante attachée au développement pacifique et au dialogue entre civilisations ; Tito, à la tête d’une Yougoslavie socialiste mais non soumise à Moscou, défendait un modèle de socialisme autonome ; quant à Nasser, figure emblématique du panarabisme, il symbolisait la résistance à l’impérialisme occidental et inscrivait durablement l’Égypte dans cette dynamique alternative.

À travers leur alliance, c’est tout un imaginaire politique d’émancipation qui se met en place, en opposition à la logique de blocs figés. Ce projet, bien que fragilisé par les guerres régionales, les tensions internes et la realpolitik, a semé les graines d’un nouvel ordre international fondé sur la pluralité des voix — un héritage que l’on retrouve aujourd’hui dans des initiatives comme les BRICS ou la réforme des institutions onusiennes.

Dans ce contexte, la Yougoslavie de Tito jouait un rôle de pivot entre les mondes. Elle hébergeait et soutenait ce mouvement qui deviendra, avec le temps, l’un des fondements idéologiques des dynamiques Sud-Sud et un précurseur indirect des coalitions contemporaines comme les BRICS. Ce n’est donc pas un hasard si des pays comme l’Inde, la Chine, le Brésil ou l’Afrique du Sud, tous anciens piliers des Non-Alignés, sont aujourd’hui moteurs d’une contestation de l’ordre unipolaire.

Ainsi, le vide laissé par l’URSS et la Yougoslavie n’est pas seulement militaire ou diplomatique : il est aussi symbolique. Il marque la disparition d’un espace où les voix dissidentes pouvaient s’exprimer, où une diversité d’approches au développement, à la gouvernance et aux relations internationales existait. La résurgence de cette volonté d’autonomie, visible aujourd’hui à travers l’essor des BRICS et les appels à une réforme de la gouvernance mondiale, est en quelque sorte un écho du non-alignement d’hier.

Si l’URSS et la Yougoslavie existaient toujours, la dynamique des relations internationales serait sans doute différente. L’existence de pôles alternatifs aurait pu favoriser un monde multipolaire, plus propice à la négociation qu’à l’imposition. Certes, ces régimes avaient leurs limites, leurs dérives autoritaires, leurs manquements aux droits humains. Mais leur simple présence forçait les puissances occidentales à se justifier, à modérer leurs ambitions, à faire preuve de diplomatie.

Un monde multipolaire, même instable, impose un équilibre des forces. Il crée des marges de manœuvre pour les petits pays, favorise les alliances régionales, et empêche la concentration excessive de pouvoir. Aujourd’hui, l’absence de véritables contrepoids a laissé place à une forme de désordre stratégique, où la loi du plus fort prévaut souvent sur le dialogue et la coopération.

Il ne s’agit pas ici de glorifier un passé idéalisé, mais de constater qu’un monde unipolaire n’est pas nécessairement synonyme de paix ou de progrès. La disparition de l’URSS et de la Yougoslavie a ouvert une nouvelle ère, mais elle a aussi laissé un vide. Un vide que les puissances émergentes tentent de combler, parfois dans la confusion, parfois dans le conflit.

Peut-être est-il temps de réapprendre à penser le monde autrement — non pas en termes de blocs fermés ou de dominations hégémoniques, mais dans une logique d’équilibre, de dialogue et de respect mutuel. C’est là, peut-être, que réside l’espoir d’un ordre mondial plus juste. 

Afghanistan : Victime des Empires, Oublié de Tous

Instrumentalisé par les grandes puissances, l’Afghanistan a été sacrifié sur l’autel des intérêts stratégiques. De l’aide soviétique à la fuite américaine, chaque intervention a laissé derrière elle plus de ruines que de progrès. Aujourd’hui, un pays jadis en voie de modernisation, vit sous la coupe du fanatisme, abandonné deux fois par ceux qui prétendaient le sauver.

Pendant des décennies, l’Afghanistan a été utilisé comme un pion sur l’échiquier géopolitique mondial. Tour à tour occupé, soutenu, puis abandonné, ce pays au carrefour de l’Asie centrale est devenu le théâtre d’affrontements idéologiques, militaires et religieux. On a souvent dénoncé l’intervention soviétique comme un acte d’agression, et à juste titre. Mais on oublie trop souvent que l’Occident aussi a sa part de responsabilité.

Aujourd’hui, l’Afghanistan est l’un des pays les plus pauvres et les plus arriérés du monde. Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi — et c’est justement ce contraste cruel qui mérite d’être exploré.

L’occupation soviétique : brutale, mais pas sans effets

L’invasion de l’Afghanistan par l’Union soviétique en 1979 a provoqué une guerre sanglante de dix ans. Des centaines de milliers de morts, des millions de réfugiés, et un pays brisé. Nul ne peut excuser la violence de cette occupation.

Mais il est utile de nuancer l’emploi du mot « invasion ». En effet, les Soviétiques ont été officiellement appelés par le gouvernement communiste afghan, alors en grande difficulté, pour l’aider à asseoir son pouvoir. Leur entrée dans le pays fut donc présentée comme une aide fraternellement demandée. Toutefois, cette intervention s’est rapidement transformée en prise de contrôle brutale, notamment avec l’assassinat du président Hafizullah Amin et son remplacement par Babrak Karmal, imposé par Moscou. Cette opération, menée par le KGB et les forces spéciales soviétiques, a donné à cette aide un caractère d’occupation déguisée.

Sur le terrain, les Soviétiques ont été plutôt bien accueillis dans les milieux citadins, notamment à Kaboul, où une partie de la population éduquée voyait d’un bon œil la modernisation apportée par le régime : accès à l’éducation, droits des femmes, infrastructure médicale et sociale. Mais cette bienveillance ne s’étendait pas aux campagnes, où le rejet était massif. La résistance, soutenue par un islam conservateur et farouchement opposé à l’athéisme communiste, s’y est rapidement organisée.

Dans cette noirceur, certains changements ont émergé — notamment dans les zones urbaines sous contrôle du régime prosoviétique. Des infrastructures ont vu le jour : routes, hôpitaux, écoles. L’État a encouragé l’alphabétisation, y compris celle des filles, et a soutenu une forme de modernisation sociale, bien que maladroitement imposée. Des femmes ont accédé à l’éducation, à l’emploi, parfois même à des postes d’autorité.

Mais tout cela s’est effondré avec le retrait des troupes soviétiques. Rien n’avait été construit sur des bases solides, et surtout, rien n’avait été accepté par l’ensemble du peuple.

Le djihad international : un feu importé

Face à l’Armée rouge, les moudjahidines afghans ont reçu le soutien massif des États-Unis, du Pakistan et de l’Arabie saoudite. Le conflit s’est transformé en une guerre sainte mondiale. Des combattants arabes sont venus grossir les rangs de la résistance, galvanisés par un discours djihadiste radical.

Ces volontaires étrangers, souvent portés par une vision idéologique extrême, ont introduit un islamisme salafiste étranger à la tradition afghane. Ils ont certes participé à la lutte contre les Soviétiques, mais n’ont rien laissé de concret ni de constructif derrière eux. Au contraire, ils ont semé les graines du fanatisme — dont l’Afghanistan, puis le monde entier, allaient payer le prix.

Après la guerre, plusieurs de ces « Afghans arabes » ne sont pas rentrés chez eux pour mener une vie paisible. Au contraire, certains ont exporté leur expérience du combat et leur idéologie radicale dans leurs pays d’origine, où ils ont formé des cellules islamistes armées. En Algérie notamment, le retour de ces combattants a coïncidé avec la montée de l’islamisme politique et la guerre civile dévastatrice des années 1990. Des groupes comme le GIA (Groupe islamique armé) se sont nourris de l’expérience afghane pour justifier leur lutte contre le pouvoir en place, mais aussi pour semer la terreur au sein de la population civile, causant des milliers de morts.

Ainsi, le djihad afghan n’a pas seulement transformé l’Afghanistan, il a aussi été le point de départ d’une internationalisation du terrorisme islamiste, dont les répercussions se sont fait sentir jusqu’en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et en Europe.

Quand Hollywood rendait hommage aux « combattants de la liberté »

Pour comprendre l’ampleur de l’instrumentalisation de l’Afghanistan, il suffit de se replonger dans la culture populaire des années 1980. Dans Rambo III (1988), Sylvester Stallone incarne un vétéran américain allant aider les moudjahidines afghans contre l’Armée rouge. À la fin du film, le générique rendait hommage « aux courageux combattants de la liberté afghans », aujourd’hui bien connus sous un autre nom pour une partie d’entre eux.

Ce film, comme d’autres, s’inscrivait dans une volonté inconsciente ou non de « réparer l’humiliation » subie par les États-Unis au Vietnam, où le Vietcong, soutenu par l’URSS, avait infligé une défaite cinglante à la première puissance mondiale. L’Afghanistan est alors devenu pour les stratèges américains un miroir inversé, un terrain pour rendre la monnaie de leur pièce aux Soviétiques.

Mais si les Soviétiques ont été saignés à blanc dans ce bourbier, les conséquences de cette revanche ont été dévastatrices pour l’Afghanistan lui-même.

Premier abandon occidental : 1989

Une fois les Soviétiques partis, les États-Unis ont tout simplement tourné les talons. Aucun plan de reconstruction. Aucun soutien au peuple afghan. Résultat ? Une guerre civile entre anciens moudjahidines, devenus seigneurs de la guerre. Chacun a pris les armes pour contrôler un morceau de territoire, plongeant le pays dans le chaos.

De ce vide est né un nouveau monstre : les Talibans.

L’exécution de Najibullah : la fin brutale d’une époque

Un autre épisode tragique incarne la violence politique qui a suivi le retrait soviétique : l’exécution publique de Mohammad Najibullah, dernier président prosoviétique de l’Afghanistan. Après avoir tenté de se réfugier dans les locaux des Nations Unies à Kaboul, il y fut bloqué pendant plusieurs années. Lorsque les Talibans ont pris la ville en 1996, ils l’en ont extrait de force, l’ont torturé, mutilé, puis pendu sur une place publique avec son frère. Leur corps a été exhibé comme un message de terreur.

Ce meurtre politique marque une rupture définitive : la fin du rêve d’un Afghanistan séculier, modernisé, et ouvert sur le monde. C’était aussi un signal clair envoyé à tous ceux qui avaient coopéré avec les anciens régimes ou avec les puissances étrangères.

Deuxième abandon : 2021

Après les attentats du 11 septembre, les États-Unis sont revenus, cette fois pour “combattre le terrorisme” et “soutenir la démocratie”. Vingt ans plus tard, le retrait précipité des troupes américaines a ramené les Talibans au pouvoir en quelques semaines.

Les jeunes générations afghanes, qui avaient cru à un avenir possible, se sont retrouvées piégées dans un régime rétrograde, brutal et misogyne. Là encore, l’Occident a abandonné le navire, sans penser aux conséquences.

Une leçon d’hypocrisie géopolitique

Le retrait américain de Kaboul en 2021 a ravivé les souvenirs d’une autre fuite chaotique : celle de Saigon en 1975. Dans les deux cas, les images ont marqué l’opinion mondiale : des hélicoptères surchargés quittant en urgence des ambassades prises d’assaut, des foules paniquées, des promesses désavouées.

À Kaboul, les forces américaines ont laissé sur place une quantité impressionnante de matériel militaire : véhicules blindés, armes, drones, dispositifs de communication, et même des hélicoptères Black Hawk. Plusieurs de ces équipements sont tombés entre les mains des Talibans, qui les ont exhibés comme symboles de leur victoire.

Tout comme à Saigon, les Américains ont été contraints de quitter Kaboul dans une débandade logistique et diplomatique, abandonnant derrière eux un régime incapable de se maintenir seul. Le parallèle entre ces deux épisodes est troublant : même désengagement brutal, mêmes conséquences humaines et politiques, même sentiment d’abandon pour les populations locales.

Conclusion : l’histoire d’un pays brisé

Et personne n’oubliera cette matinée ensoleillée du 11 septembre 2001, qui a viré au cauchemar. Ce jour-là, ce ne sont pas seulement les tours jumelles qui se sont effondrées, mais l’illusion que l’on peut jouer avec le feu du fanatisme sans jamais se brûler.

Les “combattants de la liberté” d’hier sont devenus les ennemis d’aujourd’hui. Et au milieu de cette histoire tragique, le peuple afghan n’a jamais eu le luxe de choisir son destin.

Guide rapide pour visiter Las Vegas en 24 heures

Las Vegas, célèbre pour son divertissement, offre une expérience inoubliable même en une nuit. Flânez sur le Strip, assistez à des spectacles renommés, savourez la gastronomie locale et explorez des musées, tout en gardant à l’esprit des précautions pour profiter pleinement de votre séjour.

Date de la visite: 26 mai 2011

Las Vegas regorge d’options incroyables, même si vous n’avez qu’une soirée et une matinée pour la découvrir. Bien que le temps soit limité, il est tout à fait possible de vivre quelques-unes des expériences les plus mémorables de cette ville fascinante. Voici un guide rapide pour profiter au maximum de votre court séjour à Las Vegas.

Soirée à Las Vegas 🌙

Le Las Vegas Strip, surnommé Las Vegas Boulevard, est sans aucun doute l’élément central de la ville. S’étendant sur environ 6 km, il regorge d’hôtels géants à thème et de casinos légendaires, de néons étincelants et d’une ambiance vibrante. Flânez le long du Strip pour admirer des attractions iconiques telles que le Bellagio, qui rappelle le charmant village du même nom près du lac de Côme en Italie, ou encore le Luxor, avec son faisceau lumineux impressionnant et son gigantesque sphinx à côté d’une pyramide de verre noire. Digne représentant de la Ville lumière, le Paris Las Vegas se distingue avec sa réplique de la Tour Eiffel, son intérieur orné de sculptures Art Nouveau et de copies de tableaux d’impressionnistes français. Ne manquez pas le New York-New York, qui exhibe d’impressionnantes répliques de la statue de la Liberté, du Chrysler Building et du Brooklyn Bridge, ainsi que les palpitantes montagnes russes The Big Apple Coaster. Enfin, les mille Fontaines du Bellagio dont les jeux d’eau sont chorégraphiés au son de la musique dans un un lac artificiel de 3 hectares offrent un spectacle époustouflant, totalement gratuit ! 🌟 Pour prendre une belle photo en souvenir de votre court séjour, dirigez-vous vers l’extrémité sud du Strip, vous trouverez le célèbre panneau Welcome to Fabulous Las Vegas, Nevada, qui marque l’entrée de la ville.

Las Vegas est également réputée pour ses spectacles à couper le souffle 🎭. Il y en a pour tous les goûts, des performances acrobatiques du Cirque du Soleil, aux concerts en tout genre 🎤. Si vous êtes fan de musique, pourquoi ne pas assister à un concert de votre artiste préféré ? Si vous aimez le cirque et les acrobaties, le Cirque du Soleil propose plusieurs spectacles incontournables comme O ou Mystère 🎪🌈.

Cette destination offre également une scène gastronomique incroyable 🍽️. Vous trouverez certainement de quoi délecter vos papilles gustatives dans les restaurants des casinos de Las Vegas. Pour une expérience mémorable, optez pour l’un des restaurants haut de gamme du Strip. Par exemple, vous pourriez dîner au Hell’s Kitchen de Gordon Ramsay, ou goûter aux spécialités locales dans un restaurant comme Joël Robuchon ou Le Cirque 🍷, une adorable miniature de son cousin légendaire de New York, Prime, un petit restaurant dans le style des années 30 dirigé par Jean-Georges Vongerichten. Vous pouvez aussi vous rendre à Mon Ami Gabi, un charmant bistro français du Strip, où l’ambiance chaleureuse et les plats français traditionnels sont parfaits pour un dîner agréable. Si vous recherchez quelque chose de plus décontracté, la ville regorge de buffets ou de restaurants branchés offrant une ambiance animée 🍔.

Évidemment, Las Vegas est également la capitale mondiale du jeu 🎰. Passez un moment dans l’un des célèbres casinos comme le Caesars Palace, le MGM Grand ou le Venetian. Vous pouvez tenter votre chance à la roulette, au blackjack ou simplement profiter de l’ambiance unique qui règne dans ces lieux 🃏. Si vous n’êtes pas, comme nous, habitué à ce genre d’établissement ou si vous n’aimez pas les jeux de hasard, pas de souci ! Vous pouvez toujours flâner dans les casinos pour admirer l’architecture et l’atmosphère animée sans y participer. De plus, les casinos ne sont qu’une petite partie de ce que Las Vegas a à offrir, avec de nombreuses autres attractions à découvrir 🌟.

Matinée à Las Vegas 🌞

Commencez votre journée par une visite de l’un des nombreux musées de la ville. Le Neon Museum est un incontournable, offrant un aperçu de l’histoire de la ville à travers ses célèbres enseignes lumineuses 🌟. Le Mob Museum retrace l’ascension et la chute de la mafia qui a contribué à façonner l’image à la fois sulfureuse et mythique de la ville telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Ensuite, si vous êtes prêt pour un peu de détente et de découverte, dirigez-vous vers le High Roller 🎡, la grande roue du LINQ (qui signifie Las Vegas Interactive Neighborhood Quality), située dans le quartier du même nom. Ce lieu est un complexe de divertissement et de shopping, offrant une vue spectaculaire sur la ville et ses environs. C’est le moyen idéal pour prendre un peu de hauteur avant de repartir en exploration. Sinon, une promenade dans les Jardins botaniques du Bellagio (Bellagio Conservatory & Botanical Gardens) 🌺 vous offrira une parenthèse paisible avant de repartir à l’aventure.

Pour le brunch, vous ne manquerez pas de trouver une multitude d’options intéressantes sur le Strip, qu’il s’agisse de buffets ou de petits cafés branchés 🍽️.

Aéroport de Las Vegas

L’aéroport de Las Vegas (McCarran International) n’est pas particulièrement impressionnant, surtout pour une ville de cette envergure touristique. Bien qu’il soit à proximité de la ville, il peut sembler un peu simple par rapport à d’autres grandes destinations. Si vous avez du temps et souhaitez explorer les environs, vous pourrez y louer une voiture et partir à la découverte des canyons du Sud-Ouest des États-Unis dont le plus proche est celui de Red Rock Canyon National Conservation Area 🌍.

Choses à ne pas faire à Las Vegas 🚫

L’été est suffocant à Las Vegas et les soirées d’hiver peuvent s’avérer fraîches. Mieux vaut y aller au printemps ou en automne. Certaines précautions s’imposent pour profiter pleinement de votre séjour. Ne sous-estimez pas la chaleur, surtout en été, et n’oubliez pas de vous hydrater régulièrement💧. À Las Vegas, il est facile de se laisser emporter par les jeux de hasard, mais soyez prudent et fixez un budget 💸 pour éviter de trop dépenser. Bien que Fremont Street et le Strip soient les lieux les plus animés, évitez de trop vous éloigner dans des zones moins fréquentées et mal éclairées, surtout la nuit 🌙. Les frais cachés dans les hôtels peuvent être une surprise, alors vérifiez toujours les politiques de stationnement et les frais supplémentaires avant de réserver. L’alcool est omniprésent à Las Vegas, mais il est important de boire de manière responsable. La modération a toujours meilleur goût. Enfin, pour les spectacles et attractions populaires 🎟️, n’oubliez pas de réserver vos billets à l’avance afin d’éviter les déceptions.

Une destination à visiter une fois et…c’est tout

Las Vegas est une destination pour les amateurs d’ambiance survoltée et de clinquant ainsi que les groupes d’amis qui désirent fêter un événement (mariage, enterrement de vie de garçon, virée durant le Spring Break….). On y trouve également ceux qui veulent tenter leur chance dans les casinos, assister à des spectacles étonnants, sortir dans des boîtes de nuit délurées et s’en mettre plein la vue.

La ville est sans doute une destination spectaculaire, mais c’est le genre de ville que l’on visite une fois dans sa vie. Contrairement à des villes mythiques comme Paris ou New York, où chaque nouvelle visite est une occasion de découvrir de nouveaux quartiers, musées ou événements, Las Vegas offre une expérience intense, mais qui ne se renouvelle pas autant. La ville semble figée dans une ambiance particulière, où ses attractions principales restent relativement constantes. Les casinos, le Strip et les spectacles sont des incontournables, mais au fil du temps, la magie de la ville peut s’estomper, et ce qui semblait époustouflant au départ devient plus familier, voire moins surprenant. Bien sûr, de nouveaux événements et spectacles apparaissent chaque saison, mais dans l’ensemble, Las Vegas manque de ce charme ou de cette capacité à se réinventer constamment par rapport à d’autres grandes métropoles. C’est une ville qui séduit par ses rythmes effrénés et son audace, mais une fois explorée, elle ne suscite guère la même envie de revenir encore et encore.

Top 5 des Attractions à Visiter🌟

Las Vegas Strip

Fontaines du Bellagio

Cirque du Soleil

High Roller

Neon Museum

Trip.com US Homepage

Trip.com Time to Travel – US

Trip.com Flight+Hotel Package – US Homepage

Trip.com_US_Flash Sale for Weekend

Trip.com Car Rental – US Homepage

Autopsie d’un déclin

Le 11 septembre 2001 marque un tournant majeur. Les attentats déclenchent une guerre contre le terrorisme, bouleversant l’ordre mondial. L’ouvrage « Après l’Empire » (2002) d’Emmanuel Todd analyse le déclin de l’hégémonie américaine, mettant en avant la montée en puissance de nouvelles nations. Il suscite des débats houleux et offre une nouvelle vision du monde.

La matinée du 11 septembre 2001, le monde a basculé. Les attentats terroristes coordonnés contre les États-Unis ont provoqué une onde de choc planétaire et inauguré une nouvelle ère dans les relations internationales. La « guerre contre le terrorisme » a bouleversé l’ordre mondial, enclenchant des interventions militaires en Afghanistan et en Irak, et en renforçant les politiques sécuritaires à l’échelle internationale.

En utilisant l’expression « Axe du Mal » dans son discours sur l’état de l’Union en 2002, le président américain George W. Bush faisait référence à trois pays qu’il accusait de soutenir le terrorisme et de chercher à développer des armes de destruction massive. Ces pays étaient l’Iran, l’Irak et la Corée du Nord. Bush a utilisé cette expression pour mettre en évidence les menaces perçues par ces régimes hostiles aux États-Unis et à leurs alliés, et pour justifier une politique étrangère plus ferme à leur encontre. Cependant, certains ont critiqué les États-Unis pour avoir fermé les yeux sur la duplicité de certains de leurs alliés, notamment le Pakistan et l’Arabie Saoudite, qui ont été accusés de soutenir des groupes extrémistes malgré leur alliance avec les États-Unis. Cette situation a suscité des questions sur la cohérence et l’efficacité de la politique étrangère américaine dans la lutte contre le terrorisme.

Dans ce contexte de tensions accrues et de peur du terrorisme, l’essai d’Emmanuel Todd, Après l’Empire, publié en 2002, a pris une résonance particulière. L’ouvrage analyse le déclin de l’hégémonie américaine et propose une vision du monde multipolaire en devenir. L’ouvrage a provoqué un tollé lors de sa sortie. Son analyse du déclin de l’hégémonie US, basée sur une approche anthropologique et historique, a été jugée à la fois perspicace et provocatrice.

Il est à noter qu’Emmanuel Todd a déjà fait preuve d’une prescience remarquable en prédisant la chute de l’URSS dans son ouvrage La Chute finale publié en 1976. À l’époque, l’Union Soviétique semblait être une puissance inattaquable, mais Todd a su déceler les signes précurseurs de faiblesse qui annonçaient sa future désintégration (démographie en déclin, problèmes économiques structurels, mécontentement croissant des populations…). La dislocation de l’URSS en 1991 a confirmé la justesse de l’analyse de Todd.

Dans Après l’Empire Todd soutient que les États-Unis, après avoir atteint un apogée de puissance après la Seconde Guerre mondiale, sont en train de connaître un déclin inexorable. Ce déclin est, selon lui, multidimensionnel et découle de l’épuisement du modèle économique américain basé sur la consommation et la dette, de l’affaiblissement de la puissance militaire américaine due à des interventions coûteuses et impopulaires, et de l’émergence de nouvelles puissances comme la Chine et l’Union Européenne (UE). Tous ces facteurs contribuent à un déclin relatif de la puissance américaine, qui se traduit par une perte d’influence et de leadership dans le monde.

L’auteur étaye son argumentation par une analyse détaillée de l’histoire américaine, en s’appuyant sur des concepts anthropologiques tels que les systèmes familiaux et les valeurs religieuses. Il affirme que les États-Unis, fondés sur un système individualiste et protestant, sont désormais en contradiction avec les valeurs du reste du monde, plus collectiviste et universaliste.

L’analyse de Todd nous incite à remettre en question des idées reçues. En s’appuyant sur une multitude de données démographiques, économiques et culturelles, il dresse un portrait saisissant du déclin américain et propose une lecture originale des relations internationales et de la place des États-Unis dans le concert des nations. Malgré la densité du sujet, l’écriture claire et le style direct de Todd rend son livre accessible au grand public, ce qui en fait un outil précieux pour comprendre les mutations en cours dans le monde.

Cependant, d’autres l’ont critiqué pour son pessimisme excessif et ses conclusions hâtives. On lui a reproché son ton parfois arrogant et ses simplifications excessives. Il a également été critiqué pour son déterminisme exagéré, qui laisse peu de place à l’imprévisible, ainsi que pour son manque d’actualisation et certaines prédictions erronées. En effet, l’ouvrage n’a pas été mis à jour depuis sa publication en 2002, ce qui peut le rendre moins pertinent pour l’analyse du monde contemporain. Un exemple notable de prédiction erronée est sa vision d’une UE forte capable de rivaliser avec les États-Unis. Les développements ultérieurs ont montré que l’UE a rencontré des difficultés majeures qui ont limité sa capacité à atteindre cet objectif, remettant en question certaines des perspectives avancées par Todd. Cette divergence entre les prévisions de l’auteur et la réalité actuelle souligne l’importance de tenir compte de l’évolution des événements et des facteurs changeants dans l’analyse géopolitique. Par exemple, le conflit en Ukraine a mis en lumière les divisions au sein de l’UE et ses difficultés à adopter une position unifiée face à des défis géopolitiques importants, ce qui a contribué à affaiblir son influence sur la scène internationale.

Malgré les critiques, Après l’Empire reste un ouvrage iconoclaste qui a contribué à alimenter le débat sur le rôle des États-Unis dans le monde. Il incite à réfléchir aux limites de la puissance américaine, ainsi qu’à se questionner sur son avenir. Certains passages peuvent être interprétés comme gauchistes ou carrément anti-américains, car Todd critique la politique étrangère et l’impérialisme américains, tout en soulignant les inégalités sociales et économiques qui sévissent dans ce pays. Cependant, il est pertinent de noter que Todd n’est pas un idéologue. D’où l’importance de lire attentivement ses thèses et de les replacer dans leur contexte car elles ne représentent pas des vérités absolues et intemporelles.

En conclusion, Après l’Empire est un ouvrage important qui a contribué à la réflexion sur l’avenir du monde après la chute du communisme. L’analyse de Todd, bien que sujette à caution sur certains aspects, mérite d’être lue et discutée pour mieux comprendre les enjeux géopolitiques du XXIe siècle.

Note : [sur 5 ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️ ]

⭐️⭐️⭐️

Quelques passages éloquents du livre:

Les Européens ne comprennent pas pourquoi l’Amérique se refuse à régler la question israélo-palestinienne, alors qu’elle en a le pouvoir absolu. Ils commencent à se demander si Washington n’est pas au fond satisfait qu’un foyer de tension se perpétue au Proche-Orient et que les peuples arabes manifestent une hostilité grandissante au monde occidental;

Le progrès n’est pas, comme le supposaient les philosophes des Lumières, une ascension linéaire, heureuse, facile sur tous les plans. L’arrachement à la vie traditionnelle, aux routines équilibrées de l’analphabétisme, de la haute fécondité et de la forte mortalité, produit dans un premier temps, paradoxalement, presque autant de souffrance que d’espoir et d’enrichissement;

L’action militaire, par son niveau d’intensité et de risque, se situe désormais quelque part entre la vraie guerre et le jeu vidéo. On met sous embargo des pays incapables de se défendre, on bombarde des armées insignifiantes. On prétend concevoir et produire des armements de plus en plus sophistiqués, ayant, justement, la précision de jeux vidéo, mais on applique en pratique, à des populations civiles désarmées, des bombardements lourds dignes de la Seconde Guerre mondiale. Le niveau de risque est presque insignifiant pour l’armée des États-Unis. Il n’est pas nul pour les populations civiles américaines puisque la domination asymétrique engendre, venant des zones dominées, des réactions terroristes dont la plus réussie a été celle du 11 septembre 2001;

Penser raisonnablement l’Amérique, ce ne peut être vouloir s’en débarrasser, l’abaisser, ou toute autre attitude violente et fantasmagorique. Ce dont le monde a besoin, ce n’est pas que l’Amérique disparaisse, mais qu’elle redevienne elle-même, démocratique, libérale et productive.

Emmanuel Todd